J'ai toujours été un procrastinateur. Je repoussais tout jusqu'au dernier moment, je trouvais mille excuses valables pour faire autre chose, et je connaissais parfaitement le mécanisme par lequel je me piégeais moi-même.
Avec le temps (j'ai 21 ans au moment où j'écris cet article), j'ai fini par comprendre que je n'allais pas « arrêter » de procrastiner. On ne change pas sa nature en se tapant dessus.
En revanche, on peut changer ce qui entoure cette nature : nos habitudes, notre environnement. C'est ça qui rend soudain beaucoup plus difficile pour mon cerveau de me convaincre que cette dernière vidéo YouTube est plus importante qu'une tâche déjà en retard.
Ce n'est pas de la fainéantise
La plupart des gens pensent que la procrastination est un problème d'organisation ou de motivation. Après avoir passé un peu de temps avec moi-même, j'ai réalisé que ce n'était pas ça du tout.
On procrastine parce qu'on cherche à éviter un inconfort émotionnel : la peur de mal faire, le stress d'une tâche floue, la pression d'être parfait ou simplement l'ennui. La procrastination n'a rien à voir avec la fainéantise ; c'est un mécanisme d'évitement.
Et plus une tâche semble obscure, intimidante ou mal définie, plus le cerveau la classe comme « dangereuse », donc à éviter. C'est ce qu'on appelle l'aversion à la tâche.
Comprendre ça m'a aidé, parce que ça veut dire qu'il ne suffit pas de se forcer bêtement. Il faut réduire l'émotion négative autour de la tâche, et la manière la plus efficace que j'ai trouvée est de tout découper en micro-étapes. Tant que la première action est minuscule, j'ai beaucoup moins de raisons de l'éviter.
Changer son identité pour changer ses actions
Pour changer, j'ai dû littéralement réapprendre à mon cerveau à faire des choses difficiles. Ça a commencé par une pensée critique constante : questionner mes choix, mes impulsions, mes excuses, pourquoi j'ouvre cette app par réflexe.
Changer la façon dont je me perçois, l'identité que je me donne, m'a aussi aidé. Au lieu de me dire « je dois arrêter de procrastiner », j'ai commencé à me dire « je suis quelqu'un qui respecte ses propres promesses ». Au lieu de « il faut que je fasse du sport », je me répétais « je suis quelqu'un qui s'entraîne régulièrement ».
Ça a l'air anodin, mais ça change tout. Quand une action devient cohérente avec qui tu dis être, elle devient naturelle. Tu ne le fais plus parce que tu es motivé, mais parce que c'est simplement toi.
La pandémie du contenu ultra-court
Si j'ai dû en arriver là, ce n'était pas seulement car j'avais des tâches difficiles devant moi : mon cerveau était en permanence attiré ailleurs.
Je dois parler d'un problème massif qui touche ma génération, une véritable pandémie moderne, et ce n'est pas le covid mais bien le contenu ultra-court. Une énorme partie de notre temps libre disparaît dans un défilement infini de vidéos pensées pour capter notre attention et la fragmenter.
On ne s'en rend même plus compte, mais ces contenus entraînent notre cerveau à chercher des récompenses rapides, à éviter tout effort, à fuir tout inconfort. J'en ai été victime moi-même.
Rééduquer son cerveau
Quand ton cerveau passe des heures à se nourrir de petites bouffées de dopamine instantanée, il devient logique qu'il rejette toute tâche qui demande de la concentration, de la lenteur ou de la frustration. Pour s'en sortir, il faut littéralement rééduquer son cerveau à ne plus chercher son plaisir dans ces distractions immédiates, et à le retrouver dans des activités plus profondes, plus longues, et mille fois plus gratifiantes. Plus d'infos ici.
Créer des systèmes
Changer une habitude ne consiste pas à la supprimer, mais à la remplacer. Pour moi, ça a commencé par un rendez-vous quotidien avec moi-même, un moment où je n'avais pas d'autre choix que de faire ce que j'avais prévu. On peut y aller lentement, c'est normal que ça prenne du temps. Petit à petit, on apprend à apprécier les choses difficiles, simplement parce qu'on y est habitué.
Construire des systèmes autour de ces habitudes aide énormément. Travailler au même endroit, aux mêmes horaires, réduire la friction au maximum, supprimer les applications qui nous tirent vers le bas. Tout ce qui simplifie le passage à l'action est utile.
Viser le plus loin possible
Un autre levier puissant a été de me fixer des objectifs presque trop difficiles, mais pas irréalisables. Il n'y a pas longtemps, je me suis l'objectif de courir un marathon en cinq mois alors que je n'avais jamais couru de ma vie.
L'objectif semblait démesuré (je n'aime pas spécialement courir), mais justement : il m'a donné le goût du défi. J'ai installé des créneaux d'entraînement chaque semaine, impossibles à manquer, parce que je m'étais fait une promesse.
Et cinq mois plus tard, j'ai couru mon marathon, et je l'ai terminé en 3 h 43 (en souffrant).
Comme le dit Darius Foroux, la vie sans défis n'est pas vraiment une vie. C'est une mort précoce.
Just Do It
Quand vous hésitez à faire un choix difficile, n'attendez pas. Je pense souvent au slogan de Nike, simple, mais rempli de vérité : "Just Do It". Le pire moment, c'est juste avant de commencer. Une fois que vous êtes dedans, tout devient plus simple. Le plus dur, c'est de démarrer.
Et une fois que vous comprenez que ces objectifs « trop durs » ne le sont pas tant que ça, tout devient exponentiellement plus abordable. Ce qui vous paraissait insurmontable devient accessible.
Bien sûr, il y aura encore des soirs où vous resterez trop tard sur votre téléphone, où vous raterez ce rendez-vous avec vous-même. Ça m'arrive presque tous les jours. On reste humains.
Il ne faut pas se blâmer, ni écouter les gourous qui prétendent que vous devez devenir une machine sans émotions. Prenez du recul, pardonnez-vous, et recommencez le lendemain. La nuit porte conseil.
